Le manga abordé ici est loin de tout ce qui se fait habituellement. Ce petit chef-d’œuvre bouscule les clichés et les stéréotypes auxquels est souvent associé l’univers du manga. C’est doux, c’est poétique, c’est bucolique, et surtout, c’est beau.

Son auteure, Satoko Hiyuduki, a commencé en tant qu’illustratrice dans le monde du jeu vidéo. Elle est aussi l’auteure de « GA Geijutsuka Art Design ». Rien qu’au premier regard sur la couverture, on sait qu’on a affaire à une véritable artiste ! Et cela se confirme dès que l’on commence à tourner les premières pages du livre, car l’auteure a pris soin de choyer nos mirettes !

C’est l’histoire d’une fille sombre, et surtout mystérieuse… Accompagnée de sa chauve-souris Sen, elle parcourt le monde à la recherche d’un remède pour soigner une malédiction qui la ronge de l’intérieur. Et ça se voit à l’extérieur ! Elle ne porte que du noir, ne sourit pas, et porte un cercueil. Même son nom fait référence à son apparence, car en japonais, kuro, c’est la couleur noire. Le personnage ne paraît pas forcément attachant à première vue, mais détrompez-vous, car au bout de quelques pages, on se retrouve lié à cette fille malgré tout, comme par enchantement…

L’histoire ne met pas l’accent sur le but de Kuro et de Sen, mais sur les rencontres que les deux compagnons font au cours de leur périple. Elles sont aussi nombreuses que variées, et elles ont toujours un plus à apporter aux héros ainsi qu’au lecteur. La mort, la mise à l’écart, la peur, le mensonge, la nostalgie, ce sont autant de thèmes abordés et traités avec une brise de légèreté et d’humour, sans jamais tomber dans la lourdeur qui va habituellement avec de pareils sujets. Pour égayer le tout, Kuro et Sen rencontrent deux petites jumelles à l’apparence à la fois féline et innocente. Les deux petites, Sanju et Ninjuku, n’ont jamais vu la lumière du jour et ont été élevées par un mystérieux professeur. Elles apportent toutes les deux une joie de vivre au petit groupe, et leur présence apporte une dose d’humour agréable qu’on ne peut qu’apprécier.

Pour le côté graphique, il n’y rien à redire. La couverture est superbe, avec son beau papier et son titre doré. Elle rend parfaitement compte de l’ambiance que nous allons retrouver en ouvrant le livre. Les dessins sont à la fois doux et mystérieux, les personnages sont expressifs sans tomber dans l’excès, et les décors poétiques semblent être tirés d’un conte de Charles Perrault. Les pages grand format suivent la règle de deux colonnes de quatre cases par pages, avec une lecture de haut en bas. Cela convient parfaitement à l’histoire, car nos yeux suivent un chemin tout tracé, exactement comme le font Kuro et Sen dans leur quête. De plus, on retrouve souvent des pages couleur toujours très réussies tout au long du manga.

« Le voyage de Kuro » est une belle histoire, qui séduira tous ceux qui aiment la poésie et qui veulent se faire transporter par une œuvre à la fois simple d’apparence et complexe dans le fond. On a coutume de dire que le voyage élargit l’esprit. L’adage se vérifie une fois de plus dans ce cadre bucolique et aux personnages enchanteurs, pour notre plus grand plaisir.