« Maria » est un manga de Kazuo Kamimura. Né en 1940 et malheureusement décédé à l’âge de 45 ans, il avait commencé sa carrière de mangaka en 1967. J’ai eu par le passé le plaisir de lire les excellents « Lady Snowblood », « Le Fleuve Shinano » et « La Plaine du Kantô ». Et j’espère découvrir un jour son « Lorsque nous vivions ensemble ».
J’ai tout de suite été séduite par le dessin de Kazuo Kamimura qui est de toute beauté. Dans « Maria », les illustrations des chapitres sont magnifiques, et particulièrement celles des chapitres 7 et 9.
Kamimura n’est pas un auteur facile à aborder, du fait des thématiques très sombres de son œuvre : viol, meurtre, dépression, homosexualité, suicide, inceste… « Maria » ne fait pas exception à la règle.

Notre histoire commence dans une école privée de filles par l’arrivée en fanfare de Maria Sanjo dans la classe 2C, celle des mauvaises filles… Maria est très belle, froide. Elle devient vite amie et amante d’une autre élève. La famille de Maria est composée d’un père adoptif, ami de son père biologique et qui aime les hommes, d’une mère froide et d’un grand-père autoritaire. L’ancien amant de son père adoptif la suit partout depuis qu’elle l’a blessé et violé, et finira par se suicider pour elle. Elle fera aussi la rencontre marquante d’un jeune chef de bande, un bagarreur, Kirito. Liée à lui par un sentiment fort et la reconnaissance dans l’autre d’un autre soi-même, le drame couve. Kirito est lui-même suicidaire, suite à sa relation incestueuse avec sa très belle mère, aveugle et folle de jalousie, qui considère Kirito comme sa chose, sa création ultime de représentation de la beauté. Il finira par trouver la force d’en finir dans son amour pour Maria, en qui il voit une mère potentielle, une vraie.

Maria est celle qui doit vivre et amener la vie, face à tous ceux qui sont morts trop tôt. Elle est celle par qui le scandale arrive, mais aussi une certaine forme de liberté et de libération. Mais elle, que ressent-elle ? Qui est-elle vraiment ? Comment se construire avec tous ces mensonges qui l’entourent et qui furent le socle de sa jeune vie ?
Notre premier tome se termine sur une note d’espoir et la promesse d’une nouvelle vie, mais cela sera-t-il possible ? Le second et dernier tome permettra certainement de répondre à ces questions.
La beauté vénéneuse et sombre de ce manga, très esthétique mais aussi très émotionnel et libre, devrait séduire les plus âgés d’entre nous. Mais je ne saurais le conseiller à tous, car il est très puissant et demande sans doute d’avoir un certain recul pour être pleinement apprécié.