Le fil rouge de cette histoire digne d’un conte de fées serait-il, plus précisément, écarlate ?Attirant non seulement l’admiration, la chevelure de Shirayuki attise également les convoitises des princes en quête de beautés exotiques et des mercenaires se passionnant plus pour les pièces d’or.

« Le rouge est la couleur du destin »

Les problèmes commencent pour Shirayuki, jeune pharmacienne, le jour où elle reçoit la visite d’un messager du prince Raji. Celui-ci veut faire d’elle sa concubine seulement pour ses cheveux rouges. Peu réceptive à ce genre d’avenir, surtout pour une telle raison, Shirayuki prend la fuite vers le pays voisin en laissant derrière elle une mèche de ses cheveux. Là, dans la forêt reliant les deux pays, elle fera la rencontre de Zen, deuxième prince du royaume de Clariness préférant le grand air aux couloirs de son palais. À chacun sa fuite. Shirayuki et Zen se lient rapidement d’amitié malgré leurs différences. Le prince charmant trouvé, le conte peut réellement commencer.
C’est une fois de plus que les frères Grimm jouent les muses intemporelles, et ce, pour notre plus grand plaisir ! Ici, dans le manga de Sorata Akiduki, c’est à Blanche-Neige d’avoir les honneurs. En effet, les références sont nombreuses : tout d’abord par le fait que « Shirayuki » signifie « Blanche-Neige » en japonais, mais également par la présence de certains éléments comme les pommes (empoisonnées ou non) et la récurrence de la couleur rouge. Mais il ne faut pas croire à une banale interprétation, voire à une réinterprétation du conte. Au contraire, que ceux qui pensent d’avance être déçus par un possible manque d’originalité se rassurent, car Blanche-Neige ne sert que de base lointaine à ce manga. Au fil des chapitres, Sorata Akiduki semble prendre confiance en elle et en ses personnages, et l’histoire suit alors son propre chemin.

L’influence du conte en terme général, elle, reste présente malgré qu’elle diffère de nos visions habituelles. Ici, pas de princesse attendant passivement le baiser salvateur, mais une héroïne au caractère franc qui ne manque pas de courage, de volonté et d’ambition. Quant à Zen, il réinvente à lui seul le mythe du fameux prince charmant. Certes, la bravoure reste au rendez-vous, mais oublions l’élégance et la froideur en toutes circonstances. Nous avons ici un prince jovial aux allures de vagabond, jonglant entre ses obligations, ses envies d’escapade et désormais sa nouvelle relation avec Shirayuki qui ne sera pas sans attirer les foudres de certains. Car tout conte de fées a besoin de ses bons vieux vilains. À défaut d’une cruelle belle-mère – pour l’instant du moins – toutes les occasions sont pourtant bonnes pour mettre des bâtons dans les roues de Shirayuki, que ce soit à cause de sa chevelure, de son statut social ou de ses capacités intellectuelles ; le rouge que Zen appelle « la couleur du destin » semble alors avoir le don de porter malheur à la jeune pharmacienne.

Nous avons donc des personnages auxquels l’on croit, un style graphique plus qu’agréable et délicat en parfaite adéquation avec le rythme des évènements, le tout au service d’une histoire originale ponctuée de temps à autre par de petites références qui ravivent quelques souvenirs de notre enfance. La mise en place étant faite, Sorata Akiduki nous réserve probablement bien d’autres surprises pour les tomes à venir. De nombreuses possibilités semblent s’offrir à nos protagonistes principaux, mais mais les personnages secondaires ne sont pas en reste et sont encore à découvrir ou à mieux connaître.

Mais une question demeure à la fin de la lecture de « Shirayuki aux cheveux rouges », une question très importante, perturbante même… Aurons-nous droit aux sept nains, sous quelque forme que ce soit ? Réponse, peut-être, au prochain tome ! o/