Une guerre interne ravage insidieusement le pays, une guerre régie par les partisans de l’omerta. Origines et valeurs opposent ces familles mafieuses luttant pour l’autorité, mais le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille et n’a certainement pas l’intention de laisser la Mafia installer le chaos dans le pays. Pour cela, il a mis en place une organisation composée d’êtres hors du commun. Leur nom : « Red Raven ». Leur jugement : inexistant. Si ce n’est sous la forme d’une sentence de mort arbitraire. Face à eux se dresse le trafic d’armes particulières connues sous le nom générique de « Sccaggs », et dont la puissance destructrice n’a rien d’ordinaire. Qui les a créées, qui continue à les mettre sur le marché et surtout, comment arrêter ce processus ? Y a-t-il quelque chose de plus tapi derrière ces Sccaggs…?

Bien qu’affublé d’un grand manteau rouge et d’un cache-œil, rien ne laisse présager que derrière le jeune Andy au sens de l’orientation inexistant se cache le Red Raven IV, le quatrième bourreau exécutant sans sourciller à l’aide de sa guillotine qu’il manipule avec une aisance effarante, guidé par son œil droit. Il tombera, littéralement, sur Anna Giordani, dont le père a été assassiné, faisant d’elle le quatrième chef de la famille Giordani. Le meurtrier du troisième chef a d’ailleurs bien l’intention de réunir le père et la fille, mais celui-ci possédant un Sccaggs, la sentence d’Andy est irrévocable. Ainsi commence un semblant d’entente entre Andy et une famille mafieuse. Après tout, tant que celle-ci ne fait rien de répréhensible, rien ne s’y oppose. Et cette rapide entente pourrait bien devenir primordiale.

La Mafia ponctue ce manga, et c’est un thème au final assez rare. Shinta Fujimoto veut ici donner une image dure et sérieuse de la Mafia, tout en conservant des personnages humains ayant leurs fantaisies. On en apprend énormément dans ce premier tome, peut-être trop, notamment sur le passé d’Andy qui est bien trop écarlate pour un jeune homme de son âge. Les Sccaggs se révèlent alors plus complexes que de simples armes plus puissantes que la moyenne, ils ont également leur propre histoire et sont la clé des souvenirs d’une ancienne famille oubliée.

Le décor est largement planté, et le lecteur sera difficilement frustré par un manque d’information immédiat. On comprend rapidement que les familles se marchent sur les pieds, n’hésitent pas à pénétrer dans le territoire d’autres familles, et ce, certainement pas pour y échanger les recettes de pâtes de la mamma. Mais ce n’est pas pour autant que ce premier tome nous laisse sans questionnement, notamment quant à la suprématie de la Mafia : pour quelle raison le gouvernement a-t-il laissé, officiellement du moins, le contrôle du pays à la Mafia ? Quel genre de personnes compose l’organisation « Red Raven » ? Ont-elles, elles aussi, les caractéristiques physiques particulières d’Andy ? Et cesdites caractéristiques permettent-elles toujours de les appeler « êtres humains » ? Cette histoire pourrait nous mener plus loin qu’on ne le pense, au-delà d’une simple course-poursuite après les Sccaggs.

Ce shônen sombre qui ne souffre pourtant pas d’un décor surchargé – avantage pour certains, inconvénient pour d’autres – oscille donc entre dandy italien classieux et innovations techniques quasi anachroniques compte tenu de l’environnement ; l’humour est bien dosé et permet de souffler entre deux scènes de combat, certes courtes mais intenses. Les personnages bien que classiques sont maîtrisés et intéressants. Il y a d’ailleurs de fortes chances pour que Charles, le corbeau robotique, devienne la mascotte emblématique de ce manga.

Ce premier tome se clôt ainsi sur un fragment du passé d’Andy et sur l’apparition d’un nouveau personnage dont le charisme s’impose en l’espace de quelques pages. On peut s’attendre à en apprendre plus sur ce dernier dans le prochain tome, et bien sûr à en savoir plus sur les Red Ravens en général, et sur ceux qui les contrôlent. On espère que Shinta Fujimoto a encore matière à nous surprendre après tant de révélations, et que la suite se révélera tout aussi mouvementée !

D’ici là, vous n’avez rien lu.