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"Tout le monde, il est gentil":
les temps forts de "Slam Dunk"

Une des principales caractéristiques du Shonen manga est de présenter des notions de bien et de mal clairement définies. Le Shonen classique présente généralement un personnage fougueux et ambitieux qui s'entoure de nouveaux amis rencontrés au fil du récit… et des ennemis tous plus forts les uns que les autres, dont certains rejoindront son camp, le cas échéant. On peut aisément comprendre que le manga "de sport" n'adhère pas complètement à ce schéma. Les face-à-face se passent sur le terrain, et les joueurs éprouvent pour la plupart, un respect mutuel qui contribue à développer leur motivation.

Le dépassement de soi reste toujours fondamental. "Slam Dunk" , c'est aussi l'histoire d'un voyou qui s'est auto-proclamé "Génie du Basket", mais qui se révèle, au fil du temps, véritablement doué. Le lecteur devient un spectateur avide de miracles, et de performances inattendues. Et Takehiko Inoue ne le déçoit pas.

"Slam Dunk" connaît de véritables moments d'émotion, capables de donner la chair de poule au plus insensible des lecteurs, et d'arracher une larme aux plus réceptifs. On retiendra notamment quelques passages très marquants comme celui, dans le volume 8, où Mitsui (Michi pour les intimes) tombe à genoux devant l'entraîneur Anzai en disant: "Je veux jouer au basket". Toutes les larmes du garçon sont autant de souvenirs laissés par l'empreinte d'un sport qui fait partie de lui-même.

On n'oubliera pas non plus l'attitude de Hanamichi lorsque Akagi, blessé au pied, est contraint de quitter le terrain: il est prêt à tout perdre pour pouvoir revenir dans la partie, prêt à ne plus pouvoir marcher. Hanamichi, adossé à la porte fermée, entend les paroles de son capitaine, et l'émotion qui transparaît sur son visage est quasi inoubliable. Pour son capitaine, rien ne compte plus que le basket, rien n'est plus important que le rêve qu'il avait d'affronter l'équipe de Kainan. Hanamichi, le voyou, s'impose alors comme la clé de voûte de l'équipe en remplacement d'Akagi et sa détermination est vraiment émouvante.

L'auteur parvient également à donner des frissons grâce à des phases de jeu, preuve incontestable de son talent de narrateur. Dans le volume 12, on assiste à la première feinte réussie d'Hanamichi, et tout bon lecteur ne peut s'empêcher de tressaillir sous l'effet de surprise. Plus on avance dans l'histoire, et plus les doutes qui subsistaient sur les capacités réelles du rouquin s'estompent. Enfin, pour en terminer avec les exemples, prenons l'un des temps forts de cette première partie de "Slam Dunk", le briefing de l'entraîneur Anzai, lors du match contre Kainan, à la page 85, du volume 14: deux cases, deux dessins (Anzai et Hanamichi), deux bulles ("On se déchaîne", "OK.")… mais un impact terrible!

Il est vraiment regrettable que "Slam Dunk" puisse rebuter ceux qui ne sont pas amateurs de basket. En effet, le manga de Takehiko Inoue dépasse largement le cadre du basket, et plonge rapidement dans une histoire d'amitié très profonde entre des garçons, issus de milieux et d'expériences différents, mais réunis autour d'un ballon pour découvrir petit à petit qui ils sont vraiment.


Tout le monde, il est beau:
les personnages

Difficile de rester indifférent devant la beauté des dessins de Takehiko Inoue. La finesse de ses traits et la dynamique de son style n'ont pas mis longtemps à l'imposer comme un véritable dessinateur de talent. Il suffit de regarder l'ensemble des couvertures du manga pour comprendre à quel point l'homme est doué. La différence entre celle du tome 1 et du tome 31 est flagrante: d'un manga de catégorie furyô, il arrive, par la grande porte, à des dessins très proches des meilleurs designers et illustrateurs.

Outre cette maîtrise de l'espace et du trait, l'auteur possède un talent indéniable pour faire, de ses personnages, de véritables Apollon. Pourtant, loin de l'androgynie qu'affectionne un mangaka tel que Yoshihiro Togashi (Kurapika dans "Hunter x Hunter" ; Kurama dans "Yuyu Hakusho"), tous ses personnages, ou presque, sont particulièrement beaux. Dans le contexte japonais, on peut les qualifier de Johnny's Types.

Les amateurs de J-pop et les heureux habitués du Japon connaissent certainement des groupes tels que "Smap", "Kinki Kids", "Arashi", "Hikari Genji", "V6". Boys Band à la japonaise, tous ces groupes ont pour point commun d'avoir été formés au sein de la même société de divertissement: "Johnny's Entertainement". Créée par Johnny Kitagawa, cette société transforme de jeunes garçons en idoles masculines: à savoir des garçons entre 14 et 30 ans, au physique plus qu'avantageux, capables, d'une manière générale, de danser, chanter et divertir. C'est en revenant de Los Angeles où il faisait ses études, et après avoir vu un spectacle d'Alice Cooper, que Johnny Kitagawa a eu l'idée de lancer la mode des shows de divertissement au Japon. Plus de 10 ans après sa création, sa société engendre toujours des stars capables de déchaîner les foules et de faire rougir la moins timide des adolescentes japonaises.

Il ne fait aucun doute que si "Slam Dunk" a su toucher un public aussi large, composé autant de filles que de garçons, c'est probablement parce que l'auteur a su créer des personnages physiquement très attirants, proches des critères de beauté que les médias japonais se plaisent à vendre, …et au caractère bien trempé.