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Le temps dans "Slam Dunk":
une donnée importante à plusieurs niveaux

D'une manière générale, il est très difficile d'évaluer le temps qui s'écoule dans les mangas. Dans les mangas Shonen de type "Saint Seiya" ou "Hunter X Hunter", l'exercice est d'autant plus difficile qu'on ne voit jamais les personnages dormir, manger ou se changer... Bref, aucun aspect de leur vie quotidienne n'est traité, et on se retrouve alors dans l'incapacité de savoir si les personnages vieillissent, et à quelle vitesse....

Le cas de "Slam Dunk" est un peu particulier puisque les matchs de qualification se déroulent à des dates bien précises de l'année. Par conséquent, en partant du fait que le manga commence lorsque Hanamichi arrive au lycée, on est parfaitement en mesure de garder la notion du temps. De plus, l'auteur lui-même ne laisse planer aucun doute: dans l'introduction du tome 10, on peut lire: "Deux années se sont écoulées depuis le début de cette série, mais en fait, dans l'histoire, il ne s'est écoulé que deux mois. J'ai donc mis deux ans pour faire avancer l'histoire de deux mois seulement. Ce qui veut dire qu'il faudra douze ans pour que Sakuragi et les autres se retrouvent en classe de première, et… trente-six ans pour qu'ils atteignent la fin de leurs études... Ce qui m'étonnerait bien...".

Sans pour autant dévoiler la suite du récit de "Slam Dunk", on peut révéler qu'en 31 tomes et 6 années de travail, l'auteur n'a raconté qu'environ 4 mois de la vie de ses personnages. Un rythme qui s'explique assez facilement si l'on considère la durée de déroulement d'un match: en moyenne, 3 volumes.

Dans son pays d'origine, "Slam Dunk", comme tous les mangas pour adolescents, était prépublié au rythme hebdomadaire d'une quinzaine de planches. Nombreux sont les lecteurs qui préféraient attendre la sortie en volume relié, plutôt que subir l'attente impitoyable chaque semaine. Le principe même de tous les hebdomadaires est, justement, de donner "rendez-vous au lecteur la semaine suivante" pour savoir ce qui va se passer. Autant dire que pour un manga comme "Slam Dunk", il faut s'armer de patience: les pages se lisent très vite, au rythme des paniers marqués, et on reste indiscutablement sur sa faim.

Le forum "Mangakana" a donné l'occasion aux lecteurs de s'exprimer et de faire savoir à quel point l'attente entre chaque volume était "cruelle". On peut imaginer alors facilement à quel point les doses homéopathiques de "Slam Dunk" dans l'hebdomadaire "Jump" les auraient fait souffrir!

Mais quoi qu'on en dise, en Occident comme au Japon, peu nombreux sont ceux qui ont eu la patience d'attendre que la série se termine pour commencer à la lire. Le manga laisse passer une telle énergie, et sa lecture procure un tel plaisir, qu'il est bien difficile de s'en passer quand on a commencé.

Une autre donnée temporelle entre en compte: elle provient du fait que la publication de la série en français a commencé après la fin de la publication japonaise. Si ce facteur n'a aucune importance à la lecture des premiers tomes, il prend une ampleur certaine lorsqu'on dépasse la moitié de l'histoire. Il devient alors très difficile de se sortir de la tête: "Il ne reste plus que 10 volumes...", "Il ne reste plus que 5 volumes...", "Il ne reste plus que 2 volumes...", "Mais comment va-t-il terminer son histoire?!" Les lecteurs de titres encore en parution au Japon (tels que "Shaman King" ou "Yu-Gi-Oh"), comprendront certainement toute la différence que cela peut faire.