Les personnages principaux et quelques caractéristiques
On ne peut pas parler de shonen mangas sans évoquer le charisme des personnages. SDK ne fait pas exception à la règle. Si les personnages de troisième plan passent très rapidement au statut de simples figurants, les personnages secondaires, quant à eux, auraient bien assez de personnalité pour voler la vedette à Kyô / Kyôshirô. Autour de quatre personnages réguliers que le récit nous invite à découvrir petit à petit, essayons de voir d’où ils tirent leur aura.
Kyô aux yeux de démon – Kyôshirô
[Onime no Kyô - Kyôshirô, en japonais]
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Héros incontesté du manga, il nous est présenté d’emblée comme un être supérieur, aux qualités hors normes. Qu’il soit Kyôshirô ou Kyô, il se dégage de lui une terrible force: Kamijô en fait un homme des plus virils, à la fois rassurant et inquiétant, qui n’est pas sans rappeler Ryô Saeba (Nicky Larson – "City Hunter"). Clins d'œil ou inspiration, toujours est-il que Kyôshirô a de nombreux points communs avec le célèbre détective de Shinjuku: du penchant pour espionner des femmes dans leur bain, aux punitions qu’il se voit infligées par la tyrannique Yuya, en passant par une certaine facilité à feindre la fuite devant le danger. Kyôshirô, l'antihéros, faible en apparence, renferme une force qu’il ne dévoile au grand jour qu’en de rares occasions. Kyô aux yeux de démons manie le sabre, comme Ryô Saeba, le Python 357: avec finesse, une très grande précision et sans excès. Mais Kyôshirô est surtout un formidable pitre, source de gags à répétition et instrument principal de l’humour que l’auteur veut insuffler à son récit. C’est toujours difficile de contenir rires et sourires lorsqu’on le voit se balancer au bout d’une branche d’arbre, ficelé comme un rôti, puni par les bons soins de Yuya...
Toujours du côté des références: lorsqu’il affronte un ennemi en duel, Kyô rappelle inévitablement Kenshirô (Ken, le survivant), "l'homme aux sept cicatrices": les coups sont portés à la vitesse de l’éclair et l’ennemi vole en éclats sans même s’en rendre compte. Une mise en case et en scène très proche dans les deux mangas, à une différence près: l’auteur de SDK maîtrise magistralement ses dessins, les proportions de ses personnages et les apparitions de son héros caché (Kyô).
Dans les trois premiers volumes, le voyage de Yuya et de Kyôshirô est ponctué de rencontres qui donnent à Kyô l’occasion d’apparaître. Kyô, fidèle à son rôle de démon dévastateur, fait des entrées en scène spectaculaires, souvent après avoir fait savamment languir le lecteur. Même s’il nous est présenté comme un personnage malfaisant, un être qu’il ne faut pas "inviter", ne nous cachons pas que sa venue est toujours espérée et attendue. On retrouve cette attente faite de plaisir et de crainte à la fois, que l’on a pu connaître autrefois avec des personnages à double personnalité, comme l’incroyable Hulk. L’apparition est salvatrice, mais elle peut aussi, à tout moment, tourner au cauchemar.
Tigre Rouge [Benitora, en japonais]
Fidèle et mystérieux valet de Kyô, c’est un combattant plein de ressources, qui a surpris ses adversaires – et le lecteur avec eux – plus d’une fois. Sous des airs naïfs et passablement ahuris, se cache un grand guerrier, issu d’une noble famille, dont les techniques de combat n’ont (presque) rien à envier à Kyô.
Un personnage originaire du Kansai
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Une des particularités de Tigre Rouge, qu’il est impossible de rendre en français, c’est son accent. En effet, le Japon est un pays dont les nombreuses régions sont marquées par un accent, une manière propre de parler. Ainsi, après avoir entendu parler quelqu’un, il est possible de savoir d’où il vient. Tigre Rouge ne peut cacher qu’il vient de la région du Kansai, où se trouvent, notamment, les villes d’Osaka, Kobe et Kyoto. Les gens originaires de cette région ont la réputation d’être de bons vivants, qui n’ont pas leur langue dans leur poche, et qui ont un certain franc-parler. Pour les habitants de la région du Kantô, où se trouve Tokyo (Edo), ou encore Yokohama, l’accent du Kansai est souvent synonyme de vulgarité, le signe distinctif de "tous ces gens qui parlent fort et ont des mauvaises manières". C’est donc ainsi que parle Tigre Rouge: ouvertement, sans détour, avec une pointe d’ironie et généralement beaucoup d’humour.
Pour le lecteur japonais, sa présence aux côtés de Kyô, incarnation du héros et de sa prestance, ajoute un certain charme et une bonne dose d’humour. C’est malheureusement quelque chose qu’il n’est pas possible de rendre en version française. Un des moyens serait de l’affubler d’expressions typiques du sud de la France, par exemple, mais on se retrouverait alors avec un Japonais du 17e siècle parlant avec un accent marseillais. Autant dire que ce serait assez étrange et n’apporterait pas pour autant plus de fidélité au personnage. Au contraire, celui-ci perdrait de la crédibilité et passerait probablement pour un paysan de l’arrière-pays, ce qui n’est pas le cas. Les effets d’accent du Kansai sont une des nuances que l’on ne peut rendre en version étrangère. Dans la collection "Kana", le même problème se pose avec Heiji Hattori, l’alter ego de Conan, originaire d’Osaka (lire à ce sujet, l’article sur la rivalité entre Conan et Hattori).
Les personnages féminins: Yuya et Okuni
Il est difficile de parler de ces deux personnages sans les mettre face à face. En effet, l’une et l’autre représentent deux types de femme diamétralement opposés et, de ce fait, très complémentaires.
On pourrait presque s’étonner de trouver autant de femmes dans un manga de samouraïs. Il y est question de guerres, de tueries, de vengeance. Bref, nous sommes dans un environnement au cœur duquel les femmes n’ont pas forcément une place. Néanmoins, après lecture du manga, leur présence donne une subtilité supplémentaire très importante: elles peuvent symboliser une fragilité que l’on aurait tendance à oublier (Yuya) ou une trahison suspendue sur la tête de nos héros comme une épée de Damoclès (Okuni).
Bien qu’elle sache se défendre par ses propres moyens, Yuya est là, avant tout, pour transmettre au lecteur les sentiments que peut faire naître la présence d’un double personnage comme Kyô / Kyôshirô. A travers ses réactions, on suit l’évolution des combats mais, surtout, on devient témoin des changements qui s’opèrent en Kyô / Kyôshirô. Et le double héros tend à ne faire plus qu’un, lorsqu’il s’agit de protéger Yuya. C’est le seul et unique moment où cet aspect se révèle.
Si Yuya est, la plupart du temps, présentée comme un garçon manqué, Okuni, quant à elle, est LA femme séduisante de l’époque par excellence, presque irrésistible. Akimine Kamijô la dessine comme une véritable sculpture aux proportions dignes de la Vénus de Milo. De ses vêtements à sa coiffure, tout en elle évoque la séduction. Elle est l’Eve de l’auteur, celle par qui le péché peut arriver à tout moment. Nul doute que si les mangas étaient odorants, le parfum envoûteur de Okuni viendrait probablement chatouiller nos narines et nos sens. Pourtant, malgré tous les charmes déployés, sa perfidie sous-jacente la prive du rôle de point faible du héros, héros qui n’hésiterait que peu de temps avant de la tuer, s’il le fallait, au profit de Yuya.



