Narration sportive
Etant donné le nombre de points qui, en moyenne, sont marqués dans un match de basket, il est bien évident que le lecteur ne peut pas être spectateur de toutes les actions de jeu. A la différence d'un match de foot raconté en manga, Takehiko Inoue ne nous gratifie pas de longues scènes acrobatiques et irréalistes au cours desquelles le commentateur local trouve toujours le temps d'analyser l'action et de raconter sa vie…
Au cours d'un match de basket, le lecteur suit le parcours de la balle en temps quasi réel: les joueurs ne mettent pas une dizaine de minutes pour traverser le terrain. L'auteur joue donc sur le registre du sport réel, plus que sur celui du sport spectacle. C'est ce qui différencie des mangas traitant de football.
On retrouve, ce même type de narration dans la plupart des mangas de base-ball. Les phases de jeu sont bien trop nombreuses et les matchs beaucoup trop longs pour que les mangakas prennent le temps de tout montrer. En fait, les mangas de base-ball se lisent, pour la plupart, comme on regarde un match devant son poste de télévision (dans un canapé, un livre à la main ou un baladeur sur les oreilles), les conteurs d'histoires de base-ball proposent des divertissements alternatifs (souvenirs d'enfance, action déplacée dans un autre lieu, autre match, autre équipe…) au cours du récit du match, et n'imposent pas aux lecteurs de suivre tous les points . Cette manière de procéder permet de donner des compléments d'information, notamment sur la vie des personnages en dehors du cadre scolaire.
Le mélange du sport au lycée et de la vie quotidienne, est très probablement un genre issu de l'esprit d'un seul homme: Mitsuru Adachi, auteur à succès, qui s'est essayé au manga de base-ball à plusieurs reprises: "Nine", "Touch", "H2", entre autres..., à la natation: "Rough", au soft-ball: "Hi Atari Ryôkô", "Slow Step"... Ses histoires, développées sur plusieurs milliers de pages, lui offrent la possibilité de créer des personnages dont le caractère s'affine au fil des volumes ou des personnages dont on découvre petit à petit le cercle familial.
Dans la deuxième partie de "Slam Dunk", Takehiko Inoue va tenter d'apporter quelques touches dramatiques à ses personnages, imitant donc quelque peu la love comedy sportive de son confrère. En effet, à ce stade de la parution en français du manga, on ne sait, au fond, que très peu de choses sur les personnages. Leur univers se limite presque exclusivement au cadre scolaire: ont-ils des frères et des sœurs? Habitent-ils chez leurs parents? Que font-ils en dehors du basket? L'élargissement de leur cadre de vie sera plus visible dans la deuxième partie du récit (volumes 16 à 31), mais restera, malgré tout, très anecdotique.
A suivre...

