L'essence de la série ou "comment faire aimer Shaman King à vos ami(e)s?"
Les détracteurs du manga ont pour habitude de toujours faire appel aux mêmes arguments pour critiquer ce qu’ils ne connaissent pas, ou peu: "histoires répétitives", "personnages insipides aux grands yeux", "dessins moches", "violence gratuite"… pour ne citer que ceux-là. Avec "Shaman King", il y a de quoi démentir tous ces stéréotypes. Petite revue de détail.
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Certes, les goûts et les couleurs ne se discutent pas, mais il faut faire preuve d’une grande mauvaise foi pour ne pas reconnaître le talent de TAKEI: ses dessins, aux formes arrondies, ont un impact visuel très fort, et chaque personnage, qu’il soit bon ou mauvais, attire naturellement la sympathie et l’intérêt. Les yeux, vecteurs de l’expression du visage, remplissent leur rôle à merveille: la nonchalance de Yoh, la froideur de Ren, la tristesse de Faust, la gentillesse de Ryû, l’affection d’Anna… tout passe dans leurs regards avec succès. Un des signes probants que l’auteur maîtrise son art. Par ailleurs, il n’aura échappé à personne que les personnages ont des proportions souvent bien éloignées de la réalité: petit corps et grosse tête, membres inférieurs excessivement allongés, pieds de la pointure 48 ou 50… Bref, on comprend très vite que l’auteur ne cherche pas à nous plonger dans une histoire où la réalité et la fiction se chevauchent en permanence. Non. Avec "Shaman King", c’est un grand bain dans l’imaginaire, un imaginaire qui trouve ses sources dans notre réalité, mais de manière toujours exagérée. Dans quel but? Divertir et faire rêver, tout simplement! Et ça marche!
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Comme nous avons déjà pu l’écrire dans le dossier sur "HxH", la grande difficulté, lorsque l’on est publié dans le "Jump", c’est qu’il faut se soumettre aux règles du shonen: dans un premier temps, en respectant les contraintes du genre (héros gentil, amitié, dépassement de soi, humilité, etc.), et dans un deuxième temps, trouver rapidement une manière de divertir le lecteur au sein d’un cadre qu’il connaît par cœur (et qu’il attend). Autrement dit: être original mais classique. Un concept des plus paradoxaux, mais qui a fait ses preuves dans de très nombreux autres domaines que le manga: musique, mode vestimentaire, films, design, cuisine…
Tout le monde est à même de percevoir quels sont les éléments "classiques" qu’a gardés Hiroyuki TAKEI. Un héros, jeune et gentil. Il veut devenir fort, le plus fort. Il a des amis, plus faibles que lui, et des ennemis, qui deviendront ses amis. Il poursuit une quête initiatique qui l’emmènera aux quatre coins du monde. Il est capable de se surpasser et dispose d’une force dont on ne connaît pas vraiment les limites. Il commence par affronter quelques méchants, avant de découvrir que, derrière tout ça, se cache un "grand" méchant.
Il est parfois difficile d’admettre que les shonen mangas ont une structure presque toujours identique. Il est souvent encore plus difficile d’admettre que malgré tout, on aime ça. Pourtant, prendre conscience de cela, c’est le signe d’un grand pas vers la reconnaissance et même simplement la découverte de la difficulté du travail de l’auteur et de son talent de narrateur. C’est à ce moment précis que l’on ouvre les yeux sur la véritable originalité du récit.
Bien que chacun puisse porter un regard différent sur toutes les originalités de "Shaman King", voici quelques exemples... On est souvent habitué, dans les shonens, à voir un héros un peu naïf, voire un peu idiot. Avec Yoh, on a droit à un héros d’un autre genre: un jeune garçon qui doit assumer son destin mais qui, au fond, n’aspire qu’à être tranquille. Un summum de détente et de nonchalance. Un héros cool, fan d’un certain Bob, sans autre dessein que celui de ne pas décevoir les siens (ce qui est déjà énorme…).
Manta est, à lui tout seul, une originalité: personnage secondaire, il n’a d’autre fonction que celle d’être un ami, l’ami d’un garçon que ses différences avaient tenu éloigné de ce genre de rapports humains. Manta et Yoh, c’est une histoire d’amitié qui a l’air indestructible, aussi solide que le Harusame, le sabre d’Amidamaru!
La progression du récit est, elle aussi, déterminante dans la séduction qu’exerce "Shaman King": présent et passé, Japon, Chine, Amérique, monde des vivants et des non-vivants… nous sommes entraînés dans une histoire d’apparence linéaire, mais qui fait constamment des détours pour mieux nous perdre, et mieux nous éloigner, de ces fameuses contraintes du genre.
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Bien que "Shaman King" soit un manga dont l’univers tout entier contribue à l’intérêt de la lecture, force est de constater que TAKEI a su créer des personnages réellement attachants, au point qu’on puisse dire que la véritable clé de voûte du manga, c’est eux: tous différents, tous mystérieux, tous comiques à leur manière, tous inattendus et originaux. La trame du récit se dessine au rythme des apparitions des personnages, et de l’amitié qui se lie entre eux, petit à petit. La grande "trouvaille" de l’auteur est en fait d’avoir situé son récit dans l’univers des Shamans.
Ainsi, chaque personnage n’arrive jamais seul: il a toujours avec lui un fantôme, compagnon et ami, débordant de charisme, mignon ou effrayant. Le petit "plus" du fantôme? Il a déjà vécu, il a déjà un passé. Que ce soit Amidamaru, Bason, Lee Pyron ou encore Eliza, tous ces fantômes portent intrinsèquement une destinée déjà accomplie, qui influencera le cours de la vie de celui ou celle qui les a adoptés.
Au-delà du fait que Hiroyuki TAKEI ait eu l’idée de raconter une histoire mettant en scène de jeunes Shamans, l’originalité de "Shaman King" puise sa source dans l’humanité: des personnages amusants et séduisants, tous épaulés par des fantômes aux qualités similaires.

