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Comme tous les arts martiaux nippons, le Nin-jutsu fut d’abord une méthode martiale (Bugei) dont les multiples écoles donnèrent naissance à différents styles. Après l’unification du Japon, achevée par Tokugawa Ieyasu en 1603, le Shôgunat décida d’apaiser le cœur et les manières des nombreuses castes de guerriers en donnant une dimension noble à certains arts martiaux. Ce procédé permettait surtout de mieux contrôler les différents clans historiquement habitués à s’affronter. C’est ainsi que le Bujutsu des samouraïs (techniques de combat) devint une voie spirituelle (Budo) sous l’égide d’un code d’honneur strict (Bushido). Au contraire, déprécié par l’aristocratie car marginal, le Nin-jutsu resta au rang de simple Bugei, ou technique de combat. Seuls des êtres « inférieurs » pouvaient s’en réclamer et le pratiquer. Ainsi, le Nin-justu demeura toujours en marge de la voie noble des guerriers japonais, même si avec du recul, on reconnaît l’existence de la voie (au sens noble du terme) des ninjas : le Nin-po.
Hormis la non-reconnaissance officielle de la caste des ninjas par les dirigeants successifs du Japon médiéval, les différences majeures entre un samouraï et un ninja reposent sur l’opposition entre leurs codes de conduite respectifs, l’un étant reconnu comme noble, et l’autre rejeté par les mœurs de l’époque. Contrairement à l’éthique du samouraï, le ninja pouvait parvenir à ses fins par n’importe quel moyen, du moment que la victoire était au bout. Cette absence – apparente – de règles et donc de code d’honneur en faisait autant des guerriers impitoyables et hautement dangereux que des êtres méprisables par la société médiévale nippone, à qui l’on inculquait la noblesse du code de conduite samouraï, le Bushido. Capturé, un ninja n’avait aucune chance de survie et devait se préparer à subir humiliations et tortures. Ainsi, les ninjas devaient rester inconnus du grand public, invisibles. « Nin-jutsu » peut d’ailleurs se traduire par « l’art de l’invisibilité ».
C’est bien connu, la culture japonaise s’est formée au cours des siècles en jumelant les croyances et coutumes ancestrales de l’archipel (transmises dans la religion Shinto) et les connaissances importées de Chine (notamment répandues grâce au bouddhisme). Plus que l’écriture fondée sur l’alphabet chinois, c’est toute la culture et les valeurs nippones qui doivent beaucoup au grand frère continental. Nombreux sont les maîtres spirituels d’Asie du sud-est venus répandre leur savoir sur l’archipel durant plusieurs siècles : philosophie, connaissance de la nature, religion, techniques de survie, rien n’échappa aux Japonais avides de savoirs. Ainsi l’enseignement du célèbre stratège chinois Sun Tzu inspira-t-il durant de longs siècles les guerriers de toute l’Asie, dont l’archipel japonais. C’est d’ailleurs durant cette longue période – plusieurs siècles – d’intenses échanges culturels que prend racine une seconde origine probable du Nin-jutsu. La première guerre de religion qu’ait connue le Japon (VIe et VIIe siècle) opposa ainsi le shintoïsme au bouddhisme importé de Chine et officiellement soutenu par différents empereurs nippons, bien conscients de l’enjeu politique et de la possibilité de mieux maîtriser le petit peuple si celui-ci venait à abandonner sa culture indigène : le shintoïsme. La lutte entre ces deux courants religieux vit la naissance d’un corps d’agents spéciaux à la solde du prince impérial Shotoku (574 – 622) dont la principale mission consistait à épier les agissements de ses ennemis et les affaiblir. On dit même que le prince Shotoku récompensa l’un de ses agents, Otomo no Saijin, qui lui aurait transmis une information capitale pour remporter la victoire, du titre de « Shinobi ». Même si là encore les techniques de combat du Nin-jutsu n’apparaissent pas clairement dans les récits rapportés au cours du temps, le procédé de renseignement fait en revanche partie intégrante des agissements connus des ninjas, autrement appelés shinobi. Source : Nin-jutsu – ninjas, les guerriers de l’ombre (Roland Habersetzer – Editions Amphora)
Si le rôle d’un ninja consistait avant tout à espionner et renseigner son seigneur et son clan sans éveiller les soupçons, certaines missions le mettaient en position plus risquée ou en faisaient même un assassin. L’équipement devenait alors un gage de réussite et également de survie. Bien sûr, tout le monde connaît le ninja-tô (sabre court porté dans le dos qui servait aussi bien au combat rapproché que de point d’appui pour escalader un mur), les fameuses armes de jet nommées shuriken (étoiles) et shaken (pointes), les kunaï (sorte de couteaux fort utiles pour diverses applications, dont l’escalade dans les arbres) ou encore les makibisi, autrement appelés tetsubishi, ces petits clous à plusieurs pointes jetés par terre par le ninja en fuite pour ralentir ses poursuivants. Leur forme était spécifiquement pensée pour qu’une pointe soit toujours orientée vers le haut, de façon à augmenter leur efficacité si quelqu’un venait à marcher dessus, occasionnant des blessures gênantes. Pour autant, les armes de poing ne se limitaient pas aux simples sabres et couteaux, mais les ninjas, habiles au combat à mains nues, pouvaient s’aider de griffes (nekote) accrochées à leurs doigts telles des bagues, ou bien carrément à des gants dotés de redoutables pointes d’acier (shuko) et portés sur la paume de la main. Dans un autre registre, puisque les ninjas ne s’embarrassaient pas d’un encombrant code d’honneur au combat, tous les moyens étaient bons pour venir à bout de l’adversaire, y compris l’aveugler à l’aide de sachets remplis de poudre (mélange de divers ingrédients dont du poivre et des herbes) ou l’atteindre de loin grâce à une sarbacane en bambou chargée d’aiguilles empoisonnées (fukiya). Et si le ninja n’en avait pas, il pouvait toujours les projeter en enroulant sa langue.
Lors d’affrontements en face à face, des armes plus imposantes pouvaient être utilisées, la plupart dérivées d’outils agricoles. La naginata par exemple, arme fétiche des moines soldats (sohei), consistait en une sorte de lance au bout de laquelle était attachée une lame courbée. Enfin, certainement l’arme la moins aisée à manier, le kusarigama (une chaîne équipée d’une faucille à un bout et d’un poids à l’autre) offrait pourtant un excellent compromis pour attaquer et se défendre. Une fois le poids projeté à la figure de l’adversaire ou son sabre immobilisé par la chaîne, le ninja n’avait plus qu’à utiliser la faucille pour l’achever, ou rappeler son poids à l’aide de la chaîne s’il n’avait pas atteint sa cible. |
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