Un genre dans le genre:
le furyô manga
Takehiko Inoue n'a jamais caché sa passion pour le basket, il suffit de lire "Slam Dunk" pour le comprendre. Pourtant, il nous faut attendre le volume 4 pour voir le premier match. Avant cela, l'auteur pose calmement les bases de son récit et installe les personnages et les lecteurs dans le milieu du basket lycéen.
Ce que l'on pourrait appeler le "prélude" de "Slam Dunk" est en réalité plus proche d'un manga de type bastons scolaire. "Be Bop High School" de Kazuhiro Kiuchi ou encore "Rokudenashi Blues" de Masanori Morita (auteur de "Rookies" aux éditions Tonkam), en sont de très bons représentants. Appelé furyô manga en japonais, ce genre, bien que très particulier, connaît toujours un certain succès.
Furyô désigne, en japonais, un type de personnages que l'on pourrait qualifier de voyous, de petites frappes, ou encore de bons à rien. Ce sont des lycéens qui sont plus intéressés par la bagarre,
le racket et d'autres activités "extra-scolaires", que par l'école elle-même. Ils se déplacent généralement en bande de 4 ou 5, portent leur uniforme le plus négligemment possible, dorment pendant les cours et s'absentent autant que l'Administration le permet. Chaque bande se donne un nom, et c'est la loi du plus fort qui règne. Tous ces jeunes, issus de milieux défavorisés, de familles disloquées, sont confrontés à un système japonais souvent trop rigide pour leur laisser une place. La petite délinquance est alors tout ce qui leur reste.
A l'exception d'Akagi et de Kogure, tous les membres titulaires de l'équipe de Shôhoku peuvent être apparentés à des furyôs: Sakuragi, Rukawa, Miyagi et Mitsui appartiennent tous, à leur façon, à cette catégorie. Le tempérament solitaire de Rukawa aurait pu l'en écarter mais son absence totale d'intérêt pour les cours et son aptitude à la bagarre de rue, le rattachent forcément aux furyôs.
Pour celui qui s'intéresse à la société japonaise, les mangas de bastons scolaires sont de véritables trésors: la vie des personnages y est toujours décrite avec beaucoup de sensibilité, ce qui crée un équilibre avec les nombreuses scènes de violence. Ce sont de véritables chroniques de la vie quotidienne dans lesquelles garçons et filles sont on ne peut plus attachants.
Jusqu'à l'arrivée de ceux qui deviendront les membres titulaires de l'équipe de Shôhoku (Hisashi Mitsui et Ryôta Miyagi), Takehiko Inoue dose son histoire avec du sport et de l'humour, en l'entrecoupant de scènes propres au furyô manga: les bandes se provoquent les unes, les autres, le code de l'honneur est respecté à tout prix, et les liens d'amitié sont plus forts que tout.

