La bataille de Sekigahara
Article paru dans le volume 1, en avril 2001
Si vous n'êtes pas un(e) habitué(e) des livres traitant de l'histoire du Japon, le nom de Sekigahara ne vous dit probablement rien.
Pourtant, sur le plan historique, la bataille qui porte ce nom représente une étape incontournable dans l'unification du Japon. Voici donc une petite explication pour vous familiariser avec ce mot, "Sekigahara", que de vous faire une leçon d'Histoire. Si, malgré tout, vous manquez de patience, lisez au moins la dernière phrase de cette présentation: c'est elle qui donne toute son importance à cette fameuse bataille !
On considère généralement que l'unification du Japon est l'œuvre de trois grandes figures historiques: Oda Nobunaga (1534-1582), Toyotomi Hideyoshi (1536-1598) et Ieyasu Tokugawa (1542-1616).
C'était l'époque des guerres civiles pendant lesquelles, les clans naissaient et disparaissaient presqu'aussi vite. Certains d'entre eux se sont alliés, mais très peu ont détenu les rênes du pouvoir. Un homme se démarqua toutefois pendant cette période de confusion: Oda Nobunaga. Considéré comme le chef militaire du Japon, bien qu'il ne portait pas le titre de Shogun, il fut celui qui entreprit d'unifier le pays. En 1582, il fut assassiné dans le temple de Honnoji par Akechi Mitsuhide, l'un de ses généraux. Celui-ci se proclama Shogun mais, 13 jours plus tard, il fut à son tour assassiné par Toyotomi Hideyoshi, l'un des vassaux les plus fidèles de Oda Nobunaga.
Hideyoshi succéda ainsi à Nobunaga. Lui non plus, il ne fut pas Shogun. Il était d'origine modeste, mais sa bravoure de guerrier imposait tellement le respect que les autres daimyos* ne s'opposèrent pas à sa prise du pouvoir. Il décréta que le titre de Shogun serait désormais héréditaire. Après avoir désigné son fils Hideyori comme dauphin, il fit jurer à ses cinq principaux généraux (dont faisait partie Ieyasu Tokugawa) que s'il lui arrivait malheur, Hideyori serait nommé Shogun avec leur appui inconditionnel. En 1587, afin d'assurer la stabilité de l'État et sa propre sécurité, Hideyoshi fit interdire le port d'armes à la population civile… Ses ambitions dépassaient cependant les frontières du Japon. A deux reprises, il tenta vainement d'envahir la Corée… Il y mourut de maladie en 1598.
Ieyasu Tokugawa saisit alors l'opportunité de ce décès inopiné pour devenir Shogun. Selon lui, la promesse faite à Hideyoshi ne voulait rien dire. C'était sans compter Ishida Mitsunari, resté fidèle à ce serment. Ils réunirent tous deux leurs partisans, puis s'affrontèrent à Sekigahara, le 21 octobre de l'année 1600. Sorti victorieux de la bataille, Tokugawa n'eut alors de cesse d'éliminer celui à qui le titre de Shogun revenait de droit. En 1615, il assiégea la forteresse d'Osaka que ses manigances traîtresses avaient rendue vulnérable et dans laquelle, Hideyori Toyotomi s'était réfugié avec de fidèles vassaux. Vaincu, Hideyori se fit seppuku**.
A partir de ce moment, plus personne ne s'opposa à Tokugawa. Pour s'assurer la loyauté de ses vassaux, celui-ci institua la loi du Sankin Kotai qui contraignait chaque daimyo à résider une année sur deux à Edo. Lorsqu'il s'en absentait, il devait y laisser un ou plusieurs membres de sa famille. Ce chantage fut efficace: le Japon connut alors une période de paix et de prospérité qui dura 250 ans.
*daimyo: seigneur féodal
**seppuku: nom original donné au suicide par le sabre, également appelé "hara-kiri" en Occident.

