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Article de presse Keiko Ichiguchi (suite)

Article de presse Keiko Ichiguchi (suite)

Actu publiée le vendredi 2 mars 2007
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Article de presse Keiko Ichiguchi
(suite)


Pourquoi les Japonais ont les yeux bridés ? Pour regarder le monde sans tabous, comme Keiko Ichiguchi.

Daniel Couvreur


Pour échapper à la pression, Keiko s'est exilée en Italie. Jusqu'il y a peu, sa mère s'était toujours refusée à lire ses ?uvres :
"Le conflit des générations au Japon est plus exacerbé qu'en Occident. Les parents et les grands-parents restent obsédés par la défaite de 1945. Les jeunes, eux, ont grandi dans de nouvelles institutions et un système d'éducation mis en place par les Américains. Le débat sur l'influence américaine a été longtemps occulté mais il a créé une vraie distorsion dans l'identité du pays." "America" explore ce rapport de fascination des jeunes Japonais pour les États-Unis. Sur fond de glam métal d'Aerosmith ou de Led Zep, ce manga exprime les espoirs et les faiblesses dans un langage qui parle à tous les ados, vers l'infini et au-delà. L'Amérique symbolise l'évasion, la libération des contraintes familiales, artistiques...
"America" caresse le mythe de la fureur de vivre : "Avant les années 1970, on n'écoutait que de la variété locale au Japon. Depuis, le pays s'est ouvert à ce que j'appelle le California dreaming, une image mélancolique de l'Amérique à l'époque où elle n'était pas arrogante. Vu du Japon, c'était un pays immense ouvert à la liberté. Mais cette image a été très écornée par le gouvernement actuel de George Bush." À travers cette quête de liberté, Keiko Ichiguchi bouscule aussi les tabous. Si les Japonais ont les yeux bridés, ce serait pour contourner la censure ! Jusqu'à l'aube des années 1990, les pilosités des parties intimes étaient rendues floues dans les mangas et au cinéma. Pour lever l'interdit, il suffisait de s'étirer les coins des yeux avec les doigts. Une technique éprouvée par l'auteure et ses copines, avant l'éblouissement vécu en Italie devant ses premiers magazines de nus féminins et masculins : "Les Japonais avaient une longue tradition de l'illustration érotique depuis les fameuses estampes de Hokusai. Notre façon de voir le sexe est plus décontractée, moins pornographique que la vision judéo-chrétienne. Le manga reflète cette fantaisie. Les mangas peuvent s'emparer de tout ce qui touche à la vie de l'homme." C'est une des clés de leur success story... à l'américaine.

© Journal Le Soir - 03/02/2007 - Avec l'aimable autorisation de Daniel Couvreur

Cliquez ici pour découvrir des photos du vernissage de l'exposition Keiko Ichiguchi au centre culturel et d'information de l'ambassade du Japon.
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